Compte rendu : La stratégie du Bernard l’Hermite à Reims

Le 11 mars 2026, la coopérative cultuelle Jazzus a organisé à Reims la journée « La stratégie du Bernard l’Hermite ». Cette rencontre a réuni élus, experts et acteurs culturels pour décrypter l’adaptabilité face à la précarité foncière, à travers l’occupation temporaire de bâtiments vacants. Toutes les interventions ont été enregistrées et sont disponibles en écoute.

Introduction et Enjeux

Pascal Labelle (élu ville de Reims) a ouvert les débats, suivi d’Emilie Honnart et Jean Delestrade qui ont posé le cadre : comment transformer la contrainte immobilière en opportunité agile ? Le « Bernard l’Hermite » symbolise cette nomadisme culturel, avec ses forces (pluralité artistique, robustesse) et défis (charge mentale, financements précaires).

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La stratégie du Bernard L'hermite

Table Ronde 1 : Urbanisme Transitoire

Camille Offret et Alexandra Petrov (Plateau Urbain), Gautier Raguenaud (Bliiida) ont décortiqué l’occupation temporaire : utiliser des bâtiments vacants (1 à 5 ans typiquement) avant leur réhabilitation ou vente. Une solution gagnante-gagnante : les propriétaires réduisent les risques de squat et coûts de gardiennage, tout en préfigurant des usages qui facilitent l’acceptabilité des futurs projets urbains.

Exemples concrets inspirants :

  • Césure (ex-université) : mutualisation d’espaces, création de communs comme une cantine, travaux ciblés sur sécurité/ERP uniquement.

  • Bliiida à Metz : réhabilitation sobre d’un bâti industriel – volumes, lumière naturelle et équipements hérités (air comprimé pour ateliers) compensent une isolation faible. Pistes d’avenir : photovoltaïque pour consolider le modèle.

Leçons pratiques tirées des erreurs passées :

  1. Ne jamais laisser s’installer sans cadrage sécurité/ERP (issues de secours éloignées = travaux coûteux ultérieurs).

  2. Positionner judicieusement les activités (studio audio loin des nuisances sonores/poussières).

  3. Instaurer dès le départ un cadre décisionnel clair (réunions structurées, forums, règles collectives).

Pour pérenniser ? 

Gouvernance partagée (plus d’usagers, moins d’élus), baux emphytéotiques (jusqu’à 99 ans) et transparence sur les coûts réels (fluides, taxes) pour faire voter les hausses nécessaires par la communauté. « L’occupation temporaire, c’est d’abord partir des capacités du bâtiment pour y adapter les usages, pas l’inverse », résument les experts.

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Table ronde 1

Table Ronde 2 : Small is Better

Pierre Dugelay (Le Périscope) et Pascal Lenormand (Incub’) ont défendu avec force une idée : les petites jauges ne sont pas une faiblesse, mais une force. « Small is better » valorise la proximité, l’expérience immersive et un impact environnemental réduit.

Pascal Lenormand, expert en sobriété énergétique pour les lieux culturels (via Incub’ et ses études comme « Confort sobre »), a insisté sur des gains immédiats de 40-50% d’économies sans travaux lourds. Sa méthode ? Reprendre la main sur le pilotage : gestion zonale/horaire (répétitions vs concerts), consignes adaptées (températures différenciées, « refuges » l’été), et confort ciblé plutôt que « 19°C partout ». Il a démystifié les grands volumes : complexes à maîtriser (multiples CTA, inerties), ils gaspillent en chauffant « les oiseaux » dans des halls immenses.

Pierre Dugelay, du Périscope à Lyon, a complété cette vision par des exemples terrain : mieux vaut multiplier des petits espaces flexibles (résidences, concerts, coworking) que viser « le gros bloc » inflexible. Au Périscope, solutions simples comme aération, ventilateurs et flux optimisés prouvent l’agilité du « petit ». L’organisation sobre – responsabilités claires, décisions rapides – compense la fragilité économique.

Viabilité économique et acceptabilité publique ? Les publics et artistes acceptent le « moins confortable » s’il est annoncé et assumé comme expérience (pas de « prise en traître »). Politiques culturelles (CNM, collectivités), diversification d’activités et transparence sur coûts réels sont essentiels. À 5 ans, l’optimisme est prudent : vitalité des petits lieux, rôle des bénévoles, rééquilibrage si l’industrie « redescend » et la proximité monte.

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Table ronde 2

Conclusion prospective

La journée s’est clôturée par Philippe Schilausky de la Région Grand Est, réaffirmant son soutien stratégique aux tiers-lieux culturels. Face aux défis fonciers et énergétiques, la Région met en avant son Réseau régional des tiers-lieux du Grand Est comme levier clé : ressources, guides pratiques, fiches outils et accompagnement pour structurer ces projets agiles. 

Philippe Schilausky a salué l’esprit « Bernard l’Hermite » comme incarnation parfaite de la résilience culturelle grand-estienne, et appelé à multiplier les initiatives locales comme au Shed. Un engagement concret : fonds dédiés pour baux longs, rénovation énergétique sobre et gouvernance partagée, en cohérence avec les politiques européennes de transition écologique. La Région positionne ainsi les petites jauges et l’urbanisme transitoire comme moteurs d’une culture décentralisée et durable.

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Conclusion
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